Innover avec l’aide des talents de la société civile, intervention du Directeur de Rezom

Intervention de Vincent Habart, Directeur de la Coopérative Rezom

Dans le cadre de l’Échange d’expériences du 28 septembre 2017 de l’Association pour le Management de l’Innovation réalisé en partenariat avec le Shopping Innovation Lab, Vincent Habart, Directeur de la Coopérative Rezom, est intervenu sur le thème « Innover avec l’aide des talents de la société civile ».

Constats initiaux

La Coopérative Rezom est née de deux constats :

  • Le premier est que la plupart des salariés font preuve d’un réel enthousiasme au démarrage de leur fonction, mais qu’au fur et à mesure des années, leur engouement s’estompe pour laisser place à de la lassitude.
  • Le second est que sur un même territoire, des entreprises se trouvent aujourd’hui en difficulté, faute de s’être renouvelées assez rapidement, alors qu’elles auraient pu innover avant et éviter parfois des pertes d’emplois significatives.

Face à ces deux constats, les fondateurs de Rezom se sont dits qu’il devait y avoir un moyen d’apporter aux entreprises l’énergie créative des salariés, et plus généralement de la société civile, pour qu’elles puissent, à nouveau, créer de l’emploi et de la richesse sur leur territoire.

 

Conviction de Rezom

Les membres de la Coopérative partagent une même conviction : c’est en rencontrant l’autre, que l’on se transforme, qu’on brise ses certitudes et qu’on devient capable de changer de point de vue. C’est la diversité des rencontres qui nous façonne, qui nous ouvre de nouveaux horizons et qui nous apprend à voir le monde autrement.

C’est la différence qui nourrit l’innovation.

Fort de cette conviction, Rezom s’est demandée : “Comment faire pour que la diversité des talents de la société civile nourrisse la démarche d’innovation des entreprises ?”

 

Démarche d’innovation


Pour le Directeur de Rezom, la démarche d’innovation des entreprises peut se représenter en cinq étapes :

  • L’exploration, pour découvrir de nouvelles voies et trouver de nouvelles inspirations,
  • L’émergence d’idées, pour imaginer de nouveaux concepts, trouver de nouvelles solutions et inventer de nouveaux produits ou services,
  • La recherche et le développement, pour prototyper rapidement des premières solutions et les expérimenter auprès d’usagers finaux,
  • L’industrialisation, pour réaliser les solutions retenues à grande échelle,
  • La commercialisation, pour vendre les nouveaux produits ou services réalisés.

Si pour les trois premières étapes, revenir en arrière et recommencer ne posent pas de problème particulier, en phase d’industrialisation et de commercialisation, c’est nettement plus compliqué, des investissements conséquents ayant déjà eu lieu. L’un des objectifs des trois premières étapes consiste donc à réussir à transformer rapidement les intuitions et visions de l’entreprise en certitudes pour qu’elle n’ait plus à revenir dessus par la suite.

Pour montrer comment les talents de la société civile peuvent nourrir ces trois premières étapes, Vincent Habart est revenu, étape par étape, sur ce que la diversité de talents peut apporter de différent dans une démarche d’innovation et ce que cela implique pour les entreprises.

 

Phase d’exploration

En phase d’exploration, aujourd’hui, questionner des personnes semblables, c’est-à-dire du même milieu social, du même univers professionnel ou de la même culture, finit par générer des faisceaux convergents de réponses.

Explorer avec les talents de la société civile, c’est :

  • démultiplier les points de vue et voir le monde autrement à travers une diversité de regards et de sensibilité,
  • bénéficier de réseaux élargis dans tout type de secteurs, grâce à des personnes aux expériences diverses et aux parcours de vie multiples,
  • disposer de connaissances dans de nombreux domaines pour gagner du temps, éviter les doublons et trouver rapidement la bonne voie.

Si la divergence des points de vue permet de faire émerger des pistes de recherche très variées et si les réseaux et compétences des différents talents permet d’avoir des campagnes d’exploration véritablement originales, recourir à des personnes externes à l’entreprise n’est pas pour autant chose aisée.

Il faut réussir à la fois :

  • à définir des objectifs d’exploration,
  • à recruter ces profils et à contractualiser avec eux,
  • à construire un programme de recherche, qui tienne compte de la divergence des points de vue exprimés,
  • à les rétribuer à hauteur des informations que chaque individu a su apporter.

 

Phase d’émergence d’idées

En phase d’émergence d’idées, les entreprises sont conscientes qu’il leur faut s’ouvrir à d’autres points de vue pour trouver de nouvelles solutions et inventer les produits et services qui répondront demain aux besoins des futurs usager.

Inventer avec les talents de la société civile, c’est :

  • réunir de futurs utilisateurs potentiels, experts des usages recherchés,
  • bénéficier d’une culture diversifiée, capable de trouver ce que les experts finissent par ne plus voir et de s’ouvrir à de nouvelles solutions, difficilement accessibles, même sur le web,
  • disposer rapidement de l’art du possible, avec des personnes pouvant rapidement dire ce qui peut se faire ou montrer des solutions ayant déjà faire leur preuve ailleurs.

Si les entreprises veulent recourir à des personnes externes pour trouver et mettre en oeuvre de nouvelles idées, comme c’est le cas des hackathons, des problèmes se posent : Comment garantir la confidentialité des projets avec des personnes n’ayant, le plus souvent, pas de lien contractuel avec l’entreprise ? Comment les rétribuer individuellement de façon juste sur des projets menés collaborativement ?

Là encore, si l’intégration de talents de la société civile est souhaitée, cela s’avère difficile.

Il faut à la fois réussir :

  • à définir les objectifs attendus des participants,
  • à recruter des personnes externes à l’entreprise et à contractualiser avec elles,
  • à mobiliser en phase d’idéation des usagers potentiels qui soient créatifs et en phase de maturation des experts capables de valider les idées exprimées pour les transformer en solutions concrètes,
  • à rétribuer de manière juste les apports de chacun selon sa contribution individuelle.

 

Phase de recherche et développement

En phase de recherche et développement, l’objectif est d’obtenir le plus rapidement possible des retours d’usagers à partir de prétotypes pour aboutir à des prototypes et transformer les intuitions et visions de l’entreprise en certitudes.

Un prétotype est une première version d’une solution, incomplète mais suffisamment convaincante, pour être mise dans les mains de futurs usagers et bénéficier de leur retours.

 

Prétotypes et prototypes

Prototyper avec les talents de la société civile, c’est :

  • recourir à une somme de compétences élargies pour vérifier rapidement l’intérêt concret d’une solution envisagée,
  • réaliser à partir de ruses et d’astuces des prétotypes à moindre coût par des profils de types makers ou artistes, capables de travailler rapidement sur des solutions sur la base de ressources limitées,
  • disposer de capacités de production élargies, que ce soit en termes de méthodes, de techniques, d’outillages ou de lieux d’expérimentation mobilisés.

Il existe aujourd’hui, selon Vincent Habart, un panel incroyable de compétences de la société civile – artistes, designers, makers, auteurs, artisans, etc. -, capables de fabriquer des choses vraiment chouettes, de manière frugale, et qui ne demandent qu’à contribuer à des projets innovants.

Pour autant, là encore, travailler avec des profils souvent atypiques s’avèrent généralement compliqué pour les entreprises.

Il faut à la fois réussir :

  • à définir les objectifs attendus des phases de prétotypages et de prototypages,
  • à recruter ces profils atypiques et à contractualiser avec elles,
  • à rétribuer à leur juste valeur leurs travaux réalisés.

 

Expérimentation

Expérimenter avec les talents de la société civile, c’est :

  • solliciter des expertises d’usage pour tester et éprouver de nouvelles solutions auprès d’usagers potentiels,
  • recourir à des compétences spécifiques pour mener des enquêtes originales, adaptées à son champ d’étude,
  • avoir un réseau élargi de personnes différentes, représentatives de la cible visée et prêtes à tester de nouvelles solutions.

Pour tester aujourd’hui de manière économique de nouveaux produits et services, Rezom recourt par exemple à des récits interactifs d’auteurs dans lesquels le lecteur est plongé de manière immersive et doit réagir à des situations au fur et à mesure de l’histoire.

Si les entreprises se montrent séduites par ce type d’approche, la question est de savoir comment elles peuvent les mettre en oeuvre.

Il faut en effet qu’elles réussissent à la fois :

  • à définir les objectifs attendus des études, des enquêtes et des tests,
  • à recruter ces profils, avec lesquels elles n’ont pas l’habitude de travailler, et à contractualiser avec eux,
  • à rétribuer à leur juste valeur leurs travaux.

 

Constat général

Si faire appel aux talents de la société civile intéresse la plupart des entreprises pour explorer, inventer, prototyper ou expérimenter de nouvelles solutions, recourir à leurs services reste un problème.

Les entreprises ont généralement des difficultés à :

  • définir pour chaque contributeur des objectifs à atteindre, n’étant pas forcément habituées à travailler avec des profils souvent éloignés de leur mode de fonctionnement,
  • recruter ces personnes et contractualiser avec elles, notamment sur les sujets de confidentialité des informations échangées et d’assurance des personnes intervenantes,
  • rétribuer leur travail à leur juste valeur en l’ayant préalablement évalué.

Ce constat général a amené Rezom à se positionner auprès des entreprises en tant que coopérative de Talents de la société civile, capable de les accompagner tout au long de leurs projets d’innovation.

 

Qui est Rezom ?

Rezom, c’est aujourd’hui 41 Talents regroupés en coopérative, capable d’intervenir auprès des entreprises pour les aider à explorer, inventer, prototyper ou expérimenter de nouvelles solutions.

La Coopérative peut :

  • mener des campagnes de veille collaboratives ou des études sur des signaux faibles pour nourrir l’innovation de ses clients,
  • organiser et gérer des hackathons en mode privatif en sollicitant ses Talents associés, tenus à des engagements de confidentialité,
  • établir des dossiers de conception, en recourant à l’intelligence collective de sa communauté de Talents et d’experts,
  • fabriquer à moindre coût des bêta-produits, en s’appuyant sur les compétences de ses Talents et son réseau d’acteurs de l’innovation,
  • mobiliser un groupe de Talents, potentiellement usagers des produits ou services imaginés par ses clients et les tester selon des consignes particulières,
  • produire des prototypes en s’appuyant sur la somme des compétences disponibles au sein de sa communauté aux profils très variés.

Le modèle Rezom est bâti sur la culture de la différence et de la diversité. Ce sont la multiplicité des compétences au sein de sa communauté de Talents qui permettent à la Coopérative de construire des projets hybrides, mêlant arts, pédagogies et technologies.

Si Rezom a commencé son activité avec 15 Talents au démarrage, son ambition est d’arriver à terme à 250 Talents sur la Métropole lilloise pour essaimer progressivement sur d’autres régions. Des premières actions ont dès à présent été menées en région parisienne ou sur Nantes.

Ce qui fait l’originalité de la démarche de la Coopérative est également de placer systématiquement l’usager au centre de ses actions, en l’embarquant dans un processus d’intelligence collective pour qu’il devienne acteur des projets d’innovation.

Après un an d’existence, la société a une quinzaine de clients qui vont du grand groupe à la start-up en passant par la PME-PMI. Ses clients se situent essentiellement sur la Métropole lilloise avec des projets extrêmement divers.

La Coopérative s’est engagée dans des projets très variés, dans le domaine du design pour une banque ou dans l’univers du luxe, du handicap, de la précarité alimentaire, de l’électronique pour un distributeur d’énergie verte, dans une campagne d’exploration pour un grand groupe de bricolage, etc.

Actrice de l’Économie Sociale et Solidaire, la Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC) Rezom fonctionne sur des principes démocratiques avec différents collèges ayant chacun une voix. Elle a vocation à soutenir, dans ses statuts, tout projet qui développe de l’emploi et de la richesse sur le territoire, en recourant, le cas échéant, à un fond de soutien.

Vous souhaitez en savoir plus sur les interventions de la Coopérative, vous pouvez vous référer à la présentation de l’offre Rezom. Vous pouvez également prendre contact avec Vincent Habart au 06 30 00 86 36 ou sous vincent.habart@rezom.fr.

La présentation de Vincent Habart est accessible sur le Drive de l’Association pour le Management de l’Innovation (présentation réservée aux membres de l’association à jour de leur cotisation).

1 réponse

  1. 12 octobre 2017

    […] Les principaux éléments de l’intervention de Vincent Habart sont repris dans l’article : “Innover avec l’aide des talents de la société civile”. […]

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