Innovation, Liberté & Cie

Pour reprendre en partie les propos d’Isaac Getz et Brian M. Carney dans leur livre « Liberté & Cie » – d’où le titre de cet article et cette notion d’une innovation libérée – « beaucoup d’entreprises se vantent d’avoir un gros budget de R&D (ou consacré à l’innovation). Mais le rapport entre ce dernier et leurs ventes de produits innovants est identique à celui qui existe entre le budget de recrutement » du Paris Saint-Germain et leurs résultats en Ligue des Champions.

Isaac Getz et Brian M. Carney poursuivent :

Les entreprises libérées comme Gore ont compris de longue date les limites d’une approche fermée et élitiste de l’innovation. Au lieu d’en faire la chasse gardée d’unités internes chargées d’un nombre limité de projets de R&D approuvés au plus haut niveau, elles encouragent l’innovation tous azimuts.

Christian Defélix souligne dans The Conversation France que

les retours d’expériences des organisations libérées sont à prendre comme autant d’interpellations utiles et positives (…). Toutes les entités cherchent aujourd’hui à innover, que ce soit dans les produits, le service, la relation au client ou à l’usager. Or, il y a de nombreux récits d’innovation dans les témoignages d’entreprises libérées, qui tranchent avec cette tendance forte consistant à mettre l’innovation en méthodes ou en processus.

Les paradoxes de l’innovation

Comme nous l’enseignent Jean-Pierre Léac dans ses cahiers de l’innovation ou Alain Gisselbrecht lors de son intervention au sein de l’AMI, les paradoxes sont nombreux dans le domaine de l’innovation.

De même que dans le livre de Getz le chapitre 4 s’intitule Liberté ne veut pas dire anarchie innovation ne veut pas dire désorganisation :

La liberté au travail, ce n’est ni la hiérarchie ni l’anarchie. L’expression « liberté ordonnée », empruntée à la philosophie politique, correspond assez bien à la manière d’appréhender cette réalité, bien que la liberté au travail ne recouvre pas la liberté politique. Il s’agit d’un forme d’organisation où la discipline – ou plus exactement l’auto-discipline – joue un rôle essentiel.

C’est exactement l’objectif d’une démarche d’organisation de l’innovation. Le but de l’Association pour le Management de l’Innovation est de faire progresser les adhérents dans leur propre démarche d’innovation.

« l’expérience collective doit contribuer à l’effort individuel »

Plusieurs entreprises associent donc leurs efforts, depuis 2005, pour développer et promouvoir une démarche d’innovation. Celle-ci repose sur l’idée suivante :  « la première condition pour innover est de s’organiser ».

La vision

A ce titre, l’AMI (Association pour le Management de l’Innovation) ne recommande ni directement ni indirectement une façon d’innover. Par contre, communiquer, échanger entre pairs et faire partager une vision font partie des missions de l’Association. Comme le précisent Getz et Carney :

Il s’agit de la deuxième pierre angulaire de la liberté. […] une expérience que nous avons tous faite est qu’économiser quelques sous est toujours une bonne chose, surtout en période de récession. Il n’y a rien de répréhensible, évidemment, à éviter les dépenses inutiles dans quelque entreprise que ce soit. Une entreprise libérée, en particulier, sera attentive aux dangers des coûts cachés et des fausses économies, au lieu d’être obsédée par les frais de photocopie et de déplacement. Ce ne sont pas des expériences personnelles ni les conditions du moment qui doivent dicter le choix de la mesure la plus judicieuse ; celui-ci doit répondre à un unique impératif : réaliser la vision de l’entreprise.

L’expérimentation

Haute-Savoie HABITAT est un exemple intéressant d’expérimentation et de mise en application d’une « libération » dans le cadre de l’innovation. Ce bailleur social a reçu le prix de l’InnoManagement, l’entreprise la plus innovante de l’année 2016, catégorie management. Le trophée lui a été remis dans le cadre de la première édition du prix InnoWards, organisé le 27 octobre 2016 par le titre de presse « Acteurs de l’économie-LaTribune ».

Et ce grand prix de l’innovation Auvergne Rhône-Alpes a notamment récompensé des personnalités capables de s’affranchir de l’existant pour audacieusement :

  • façonner l’avenir,
  • produire des idées nouvelles pour réenchanter l’entreprise,
  • révolutionner un marché,
  • bousculer les modèles sociaux ou de pensée.

Haute-Savoie HABITAT s’est vu décerné le prix InnoManagement de l’année pour sa démarche d’entreprise libérée. Son projet stratégique d’entreprise s’appelle « Cap Confiance« . Le principal objectif : des parties prenantes en situation de confiance à l’égard de la structure.

L’adaptation

Dans un domaine différent, l’agro-alimentaire, le groupe Poult se définit comme une entreprise libérée ouverte sur son écosystème : culture managériale favorisant l’autonomie et la collaboration, ouverture vers l’extérieur pour booster l’innovation. Il existe même chez Poult un cercle dédié à la prospective pour mieux se préparer aux changements, pour mieux s’adapter :

Chez Poult, on a mis en place des coachs innovation. On a donné du temps à ceux qui avaient des idées pour qu’ils inventent de nouveaux produits, de nouveaux modèles d’affaires. Souvent, l’innovation se capte de manière inattendue. Et bien souvent, les idées s’arrêtent d’elles-mêmes si elles n’ont pas d’applications directes.

L’approche systémique

Comme l’évoque Jean-Michel Philippon du Club du Leadership :

De nombreuses entreprises se sont lancées dans l’aventure suite à des situations économiques souvent délicates. […] Une crise n’est pas un pré-requis pour s’engager dans un processus de libération, Kiabi et Decathlon me semblent plutôt en bonne santé. Mais le plus souvent la crise sert d’électrochoc. Elle oblige le Dirigeant à regarder les fondamentaux en face, pour ne pas dire en pleine face ! Cet électrochoc le questionne violemment : l’organisation qui aujourd’hui s’écroule sur elle-même était elle la bonne, pour moi, pour mon entreprise, pour mes salariés et pour mes clients ?

A ce titre, la logique du diagnostic valeur de l’AMI est fondamentale dans une démarche d’innovation. Il consiste à croiser les notions de valeur et de système pour obtenir une trame de réflexion destinée à :

  • générer des idées nouvelles répondant à l’ambition,
  • capitaliser les idées afin d’enrichir la réflexion collective,
  • hiérarchiser les idées en évaluant l’enjeu des projets de mise en oeuvre.

Decathlon nous démontre chaque année, lors de son événement destiné à promouvoir l’innovation mais aussi par sa communication, qu’une entreprise libérée peut aussi innover (ou qu’une entreprise qui innove peut aussi se libérer).

L’organisation

Ainsi, pour innover en permanence, l’entreprise doit donc s’organiser. Premièrement, en donnant les ressources nécessaires aux projets qu’elle mène. Mais aussi en adoptant  des méthodes de travail efficaces. Elle réussira alors à capitaliser sur ses savoir-faire.

Reconsidérer en permanence son offre et son organisation en fonction des évolutions du marché, préciser qui fait quoi et stimuler l’Adaptation, voila une belle démarche d’innovation libérée !

 

 

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